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Encore du beau, du bon, du Bolaño... (MISE À JOUR 06/2013)

 

 

                      

 

Un conseil (de lecture) d'un disciple de Borges

aux fanatiques de (très bonne) littérature...

(liens remis à jour en un pack)

 

Dans une vie de lecteur, on oublie pas non plus "la première fois où..." Ainsi la première fois où je suis tombé sur un livre de Roberto Bolaño. C'était un pavé posthume qu'il ne valait mieux pas se lâcher sur le pied, 2666, impressionnant tant par sa taille que par son ampleur. Et pour achever d'impressionner, il était présenté comme le premier roman du XXIème siècle. Un alter ego de L'Homme sans qualités.Rien que ça. 

Mais qui diable était ce Roberto Bolaño, mort le 14 juillet 2003 à l'âge de 50 ans?

Le fils d'un camionneur, et aussi boxeur n'ayant jamais perdu un combat, et d'une enseignante, qui a beaucoup fui, pendant toute sa vie. Né au Chili, il émigra avec ses parents au Mexique, qui accueillait alors tous les contestataires d'Amérique latine. Là-bas, il se découvrit une passion maladive pour la littérature, et en particulier pour la poésie européenne - Baudelaire, Mallarmé, le surréalisme... Lors du coup d'Etat de Pinochet, il retourna dans son pays natal - où il fut emprisonné huit jours, mais pas torturé, contrairement à la légende - avant de s'installer en Espagne, dans les années 1970. Ce nomadisme se retrouve dans son oeuvre, qui passe de l'onirisme baroque à la réalité la plus crue, de la noirceur à un humour aussi burlesque que grinçant. Par exemple, Bolanõ a rédigé une sorte de Lagarde et Michard imaginaire de La Littérature nazie en Amérique, dans lequel on croise notamment un maître guatémaltèque de la SF aryenne ou un spécialiste des poèmes naïfs sur les camps de concentration. Pas mieux?

 

En attendant, par lequel commencer? 2666, bien sûr. Mais c'est un travail herculéen, et il existe en poche, maintenant... Alors, en voici trois autres, pour amorcer la pompe : le premier qu'il écrivit, Anvers, un roman à quatre mains, Les Conseils d'un disciple de Morrisson à un fanatique de Joyce, et le dernier publié de son vivant, Un petit roman Lumpen. Pas plus.

 

NB : Publier Bolaño sur ce blog m'a contraint, mais très volontiers, à changer le titre de la rubrique de la littérature latino-américaine dans l'atelier Panik. Chaque rubrique portant le titre d'un livre emblèmatique, vous l'aviez deviné j'espère. Las, les latinos s'étaient tous retrouvés dans la Maison aux Esprits. Notre baroudeur cosmopolitain a ferraillé une grande partie de sa vie contre Isabelle Allende et l'establishment littéraire chilien qui le méprisaient. Il ne pouvait décemment pas entrer sous ce toit-là. C'est ainsi que la maison allendesque a laissé place au nocturne chilien bolañesque.

 

Anvers (4ème de couv)

 

Écrit en Espagne en 1980, dans le dénuement et l'illégalité, Anvers est resté inédit pendant vingt-deux ans et n'a paru que quelques mois avant la mort de Roberto Bolaño. Construit comme un thriller, sans solution, Anvers voit défiler des cadavres, des policiers, des plages balayées par l'automne méditerranéenne, des campings déserts, des hallucinations, des cauchemars longuement retranscrits, les premiers détectives fantômes à la dérive... En forme d'explosion initiale, ce texte concentre les éléments qui se fleuriront dans ses œuvres ultérieures.
Roman disloqué et poème en prose d'une beauté frénétique et exténuée, roman noir sidérant où l'on sent passer l'influence d'auteurs tels Hammett, Robbe-Grillet ou Burroughs, Anvers est, selon les mots même de Bolaño, radical et solitaire.

 

 

Les Conseils d'un disciple de Morrisson à un fanatique de Joyce

 

Un road-movie à la Bonnie and Clyde, avec sauce aux piments. 

 

Une mise en bouche:

"Angel Ros aime le danger, Joyce et les Doors. 
Le temps d'un été à Barcelone, ce jeune écrivain en devenir s'éprend d'Ana, une Sud-Américaine excentrique, qu'il suit comme son ombre jusqu'aux extrémités les plus sombres où sa folie l'entraîne. Dans son errance suicidaire, ce couple à bout de souffle va s'aimer, se perdre, jouer avec sa vie et celle des autres, terroriser et massacrer absurdement en quête d'une improbable issue. Comment Ana échappera-t-elle à cette plongée dans les bas-fonds du crime ? Angel réussira-t-il à écrire son roman joycien tandis que résonnent les dernières notes de The End de Jim Morrison ? Ce roman, écrit à quatre mains par Roberto Bolafio et A.G Porta au début des années 1980, préfigure ce qu'une partie de leur oeuvre futur déploiera : jeu avec l'érudition, noirceur, rage, humour et mélancolie."

 

Un petit roman lumpen

 

Dans ce court roman, Roberto Bolaño abandonne les territoires qui ont marqué son parcours et son imaginaire personnel pour se déplacer vers la ville de Rome. C'est le décor où plusieurs personnages excessifs déambulent, tendus entre l'inquiétude et la folie. Après la mort soudaine de ses parents dans un accident de voiture, Bianca, la jeune protagoniste, commence en effet une véritable descente aux enfers, côtoyant la délinquance et le mal. 
Elle se rappelle sa vie avec son frère, tous deux adolescents au moment de la mort brutale de leurs parents. Livrés à eux-mêmes, ils abandonnent rapidement leurs études et vont essayer de survivre : Bianca, la narratrice, travaille dans un salon de coiffure, son jeune frère se fait engager dans un gymnase où il fait la connaissance de deux individus étranges, le Bolognais et le Libyen. Ces derniers finissent par proposer à la jeune fille de se prostituer à un ancien acteur de péplums, Maciste, afin de pouvoir le voler. 
De la même manière que le titre du roman est un écho ironique aux trois petits romans bourgeois de l'écrivain chilien José Donoso, Rome et son passé, ici rappelé par le personnage de Maciste, héros de péplum, ancienne figure du nationalisme et du fascisme italien, n'apparaissent que sous leurs aspects les plus défaits. Il n'y a plus rien d'épique, Maciste est aveugle, sa gloire n'est même plus un souvenir et il n'apparaît que parce que les deux personnages indifférenciés - le Libyen et le Bolognais - veulent le voler (est-il vraiment riche, le lecteur en doute). 
Bolaño recycle donc cette fin de l'épopée, du grand récit (de carton pâte), se rappelle sans doute de la prostituée fellinienne qui erre dans les Nuits de Cabiria, affirmant une nouvelle fois que l'expérience de la difficile frontière entre le bien et le mal est faite par les personnages à la marge, pasoliniens pour rester en Italie, pris entre la terreur à la solitude extrême et l'impérieuse nécessité de l'affection, comme le dit Patricia Espinosa. 
Le titre modeste et ironique de Petit roman lumpen ne doit pas tromper le lecteur : nous sommes bien face à une oeuvre - la dernière publiée du vivant de l'auteur - où, une fois de plus, sont rassemblés des personnages touchants, luttant pour leur survie, cherchant l'amour, en équilibre au bord d'un abîme.

 

Une émission de la TV espagnole en HD technique et littéraire sur  Bolaño 

ou

de la radio en français, avec Une vie une oeuvre sur France-Culture

 

Le Fric-Frac Club sur Bolaño sur le Fric-Frac Club

 

Le tripack bolañien 



04/06/2012
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