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Delbourg - Les Jongleurs de Mots

 

Le cercle des jongleurs disparus!

 

Lorsque Patrice Delbourg, ne fait pas le Papou dominical sur France-Culture, il écrit. Il nomenclature, recense, encense, descend, bref, nous donne envie de lire. Voilà un voyage au pays des Jongleurs de Mots. Etant entendu que le dit jongleur est un auteur qui :« ...fait valser la langue et secoue les mots de la tribu. » Voici donc réunis cent et un auteurs d'horizons les plus divers répartis sur presque six siècles. Il commence avec François Villon pour terminer par Coluche. Tous plus ou moins morts, selon que l'on s'attache au cimetière, (ils nourrissent tous des vers qui les ont plus ou moins mal sustenter) ou à nos bibliothèques dont certains ont disparus (ou alors parfois relégué en Enfer). Pour chacun, Patrice Delbourg s'attache à retracer le parcours humain du jongleur, le parcours d'auteur et livre une étude succincte mais éclairée de son art pour jouer avec les mots, avec la langue. 

Donc,des morts bien vivants, mais que des mâles, il n'y a pas encore, selon Delbourg d'humoristes féminins décédés. Depuis que la littérature est devenue un métier, il n'y a plus beaucoup de place pour le rire. Les humoristes se rencontrent plus souvent sur scène que dans les livres. Raison de plus pour ne pas faire de différence entre drôles d'épistoliers et gais saltimbanques.

Les Jongleurs de Mots est une pharmacie précieuse à l'entrée de l'hiver, où l'auto-médication est vivement conseillée, où la surdose n'est pas de mise : voici quelques noms des précieux ( et jamais ridicules) viatiques du bon Dr Delbourg : 

De Villon à Devos, cent et une plumes ont fait valser la langue et secoué les mots de la tribu. Plumes malicieuses ou turbulentes, saccageuses ou friponnes, hilarantes ou aventurières, rassemblées dans ce florilège égoïste et drolatique. C’est Patrice Delbourg qui bat les cartes de ce grand jeu des 7 familles :

• LES TUEURS À GAGS : prescripteurs de pastilles contre l’amertume, de toutes les matières c’est l’humour qu’ils préfèrent. Alphonse Allais, Francis Blanche, Fernand Raynaud, René Goscinny…

• LES SALTIMBANQUES DE LA SATIRE : versés dans l’étrange entreprise de faire s’esclaffer les honnêtes gens, leur comique a souvent mauvaise réputation. Molière, La Fontaine, Georges Feydeau, Pierre Desproges…

 LES BRICOLEURS DU LEXIQUE : où passe leur langue, le verbe ne repousse pas. Henri Michaux, Boby Lapointe, Georges Perec, Serge Gainsbourg

• LES TRUCULENTS SARCASTIQUES : des fatrasies médiévales aux écrans noirs de nos nuits blanches, ils jettent leurs pavés dans la mare du bon sens. François Rabelais, Louis-Ferdinand Céline, Jacques Perret, Michel Audiard…

 LES TRAGIQUES ABSOLUS : ils cotisaient à la fratrie des misanthropes, leur existence s’est achevée par un boum. André Frédérique, Chaval, Jacques Rigaut, Romain Gary…

 LES EUPHORIQUES DE L’APHORISME : leurs maximes sont des objets d’orfèvrerie, des projectiles imparables que l’ironiste tire sur sa cible. Alfred Capus, Félix Fénéon, Jules Renard, Jean Yanne…

 LES PRINCES SANS RIRE : passés soigneusement à côté du bonheur, il ne leur suffit pas de mettre les rieurs de leur côté. Léon Bloy, Paul Léautaud, Emil Cioran, Louis Calaferte…

Paroliers et chansonniers, poètes et romanciers, aphoristes et fabulistes… Six siècles d’impertinence s’affichent ici en majesté. Entrez dans le cercle des jongleurs disparus !

 

Il y avait longtemps... un livre, Un jour! Là c'est un livre toujours!

 

 

Un extrait de la préface :

 

Toute somme thématique est fréquemment question d’épiderme. Nous avons tenu aussi à exprimer des préférences. Pour une littérature généreuse, ronde, comestible. Contre une littérature sectaire, doctrinaire, laconique. Dans leurs tours de babils, certaines présences pourront faire frémir. Certaines absences aussi. Soupault et non Breton, Tristan Corbière et non Stéphane Mallarmé, Flaubert et non Stendhal : on sent confusément, même si c’est difficile à expliquer, vers quel pôle irréductible penche la balance. Exit les raisonneurs, les idéologues, les gommeux, les filandreux, les trop réacs et ceux qui ont une idée arrêtée sur chaque chose en ce bas monde.

Si, pour la grande majorité, de toutes les matières c’est l’humour qu’ils préfèrent, tous ne sont pas drolatiques. Il ne suffit pas de mettre les rieurs de leur côté. Léon Bloy, Benjamin Péret, Emil Cioran ou Louis Calaferte n’ont rien de désopilant. Ils ne sont pas toujours faciles à vivre, ni pour eux ni pour leur entourage. Rien ne trouve grâce à leurs yeux, à commencer par leur propre passage terrestre. Ces manieurs de brocards, solitaires, dipsomanes, désemparés, sont souvent passés soigneusement à côté du bonheur. Leur vie matérielle ne s’apparentait en rien à une cour de récréation. De là le ton de désillusion, de dédain, de dépit, voire de désespoir qu’endossent souvent leurs saillies. Oui, car même au bord du gouffre ces gens sont de saillie… L’on est d’ailleurs fasciné par la manière dont la maîtrise et l’amour fou des mots dédommagent les auteurs des plaies dont ils souffrent à en crever.

Cette cohorte d’irrévérencieux se méfie des entreprises littéraires qui plaisent au grand public, comme le roman de genre ou l’essai historique. La plupart des créateurs ici conviés cotisent volontiers à la fratrie des misanthropes. C’est même leur premier péché mignon… Place donc aux irréguliers, aux francs-tireurs, aux récalcitrants. Certains sont des tragiques absolus dont l’existence s’est achevée par un suicide programmé : tels André Frédérique, Chaval, Jacques Rigaut ou Arthur Cravan. Car le mur de l’incompréhension se montre autrement difficile à percer que celui du son…

 

Entrer maintenant dans le cercle des jongleurs disparus!




11/12/2011
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