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Roberto Bolaño - 2666

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Pour qui sont ces trois six qui sifflent sur les têtes ?

 

 Voici donc le premier grand livre du XXIème siècle... 

 

2666 est-il terminé ? Impossible de le dire. 1300 pages en folio, un texte aux ambitions globalisantes, une leçon romanesque et cette question : que serait devenu le livre si Bolaño avait vécu un peu plus ?

Roberto Bolaño, né en 1953 au Chili, est mort en 2003 en Espagne après une vie de voyages, ou d’errance, c’est selon. En beatnik assumé, il a exercé des quantités de petits travaux (gardien de camping, plongeur, etc.), a considéré la poésie comme un exercice frénétique, a créé son propre mythe, qu’il a notamment mis en scène dans Les Détectives sauvages, où il se portraiture sous le nom de Belano.

C’est à 38 ans qu’il a décidé d’écrire des romans. Pour des questions financières. La poésie paie beaucoup moins et Bolaño avait désormais un enfant à charge. Ont suivi plusieurs livres. (Amuleto, Étoile distante, Nocturne du Chili, La Littérature nazie en Amérique Des putains meurtrières, Anvers, Appels téléphoniques, Le Gaucho insupportable, Monsieur Pain, etc.) Enfin, 2666.

Le roman parle de violence et de mal. Son centre géographique se trouve dans la ville de Santa Teresa, calquée sur Ciudad Juarez, où des centaines d’assassinats de femmes sont commis depuis des années, impunément. Le texte se compose de cinq parties.

Quatre universitaires férus d’Archimboldi, un grand romancier allemand qui s’est fait invisible, se retrouvent au gré de colloques, se lient, s’aiment, forment un ménage à trois, se séparent, et plusieurs d’entre eux se retrouvent à Santa Teresa où Archimboldi a été signalé.

Un autre universitaire basé, lui, à Santa Teresa, occupe la deuxième partie du livre. Il se souvient de sa femme folle, observe sa fille ravissante et sa vie qui s’effiloche.

On s’attache ensuite à un journaliste noir qui vient commenter un match de boxe dans la ville. Il rencontre la fille de l’universitaire et la tire des mains des narcos.

La quatrième partie parle des crimes. Bolaño y décrit les cadavres de femmes retrouvés, meurtres pour la plupart non élucidés, et évoque des enquêtes dont la plupart n’ont pas abouti.

La cinquième, enfin, décrit la vie d’Archimboldi. L’écrivain allemand, qui a été pris dans la deuxième guerre mondiale, a disparu ensuite, un peu à la manière d’un Thomas Pynchon. Finalement, on apprend qu’il est effectivement parti pour Santa Teresa, afin d’assister son neveu accusé d’être le tueur en série responsable des crimes.

En rédigeant le livre, Bolaño craignait que sa mort ne soit proche. Son foie était défaillant. Il était en attente de greffe. Son souhait était que les cinq parties de 2666 soient publiées séparément, l’une après l’autre, chaque année. Pour des motifs pécuniaires.

Il pensait ainsi assurer mieux l’avenir de ses enfants. On lui a désobéi. On a bien fait sans doute. Si les histoires peuvent se lire séparément, l’ensemble fait résonner des thèmes, produit du sens.

Roberto Bolaño disait qu’il y avait un centre caché dans son livre. Ce n’est peut-être pas une histoire mais un sentiment, un mélange de sentiments, une appréhension de l’univers : terreur, crainte, vitalité, gaspillage, beauté, cruauté, puissance anarchique et profuse de la vie, croissance et absurdité, présence continuelle de la mort et du mal, nécessité du changement.

Tout ceci est peut-être suggéré par le titre, étrange, mystérieux.

Dans les Détectives sauvages, Bolaño parle d’une révolution qui aura lieu dans les années 2600. Quant à 666, c’est un chiffre connu des lecteur de l’Apocalypse de Saint Jean. Le nombre de la Bête.

 

Alain BAGNOUD

 

E-dition augmentée d'un dossier critique

 

le premier pavé du siècle : 2666

 

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07/12/2013
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