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Manguel - Une histoire de la lecture

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Pour vivre heureux, lisons couché !

À l'heure où un jeune auteur romand considère qu'« écrire un livre, c’est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d’ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence. Ils arrivent un matin, à bord d’un grand bus dont ils descendent bruyamment, tout excités qu’ils sont du rôle qu’ils ont obtenu. Et vous devez faire avec, vous devez vous en occuper, vous devez les nourrir, vous devez les loger. Vous êtes responsable de tout. Parce que vous, vous êtes l’écrivain. » Je sais maintenant pourquoi j'ai jamais aimé les jolies colonies de vacances ! Et l'affreux Jojo de nous prédire : « Dans vingt ans, les gens ne liront plus. C’est comme ça. Ils seront trop occupés à faire les zozos sur leurs téléphones portables. Vous savez, Goldman, l’édition c’est fini. Les enfants de vos enfants regarderont les livres avec la même curiosité que nous regardons les hiéroglyphes des pharaons. Ils vous diront : « Grand-père, à quoi servaient les livres ? » et vous leur répondrez : « À rêver. Ou à couper des arbres, je ne sais plus. » Ça, c'est Black et Dicker, et ça me donne urgemment envie de me coucher avec un bon livre, et de lire heureux en attendant la mort. Ce ne sera donc pas avec celui des Baltimore, de bouquin !

 

Et je ne suis pas le seul de mon espèce :

 

« Moi aussi, je lis au lit. Dans la longue succession des lits où j'ai passé les nuits de mon enfance, dans des chambres d'hôtel inconnues où les phares des voitures balayaient en passant le plafond de lumières étranges, dans des maisons dont les odeurs et les bruits ne m'étaient pas familiers, dans des villas de vacances poisseuses d'écume marine ou dans des chalets où l'air des montagnes était si sec qu'on plaçait à côté de mon lit un bassin fumant de vapeur d'eucalyptus afin de m'aider à respirer, la combinaison du lit et du livre me procurait une sorte de foyer où je savais pouvoir revenir, soir après soir, sous n'importe quels cieux. Personne ne m'appellerait pour me prier de faire ceci ou cela; immobile sous les draps, mon corps ne demandait rien. Ce qui se passait se passait dans le livre, et c'était moi qui racontais l'histoire. La vie se déroulait parce que je tournais les pages. Je ne crois pas pouvoir me rappeler joie plus grande, plus complète, que celle d'arriver aux quelques dernières pages et de poser le livre, afin que la fin ne se produise pas avant le lendemain, et de me renfoncer sur l'oreiller avec le sentiment d'avoir bel et bien arrêté le temps.
Je savais que tous les livres ne sont pas bons à lire au lit. Les romans policiers et les contes fantastiques étaient pour moi les plus favorables à un sommeil paisible. Pour Colette, le livre parfait dans le silence de la chambre à coucher était Les misérables, avec ses rues et ses forêts, ses courses dans de sombres égouts et sur des barricades au milieu des combats. W.H. Auden était du même avis. Il suggérait qu'un certain contraste est nécessaire entre le livre qu'on lit et l'endroit où on le lit. «Je ne peux pas lire Jefferies dans les collines du Wiltshire, disait-il, ni feuilleter des limericks dans un fumoir.»  [ … ] Bien souvent, le plaisir pris à lire dépend dans une large mesure du confort physique du lecteur. »

 

Alberto Manguel, Une histoire de la lecture, p.185-186, Actes Sud 1998. 

 

Deux décades plus tôt, un auteur italien écrivait, lui, le roman du lecteur :

 

« Prends la position la plus confortable : assis, étendu, pelotonné, couché. Couché sur le dos, sur un côté, sur le ventre. Dans un fauteuil, un sofa, un fauteuil à bascule, une chaise longue, un pouf. Ou dans un hamac, si tu en as un. Sur ton lit naturellement, ou dedans. Tu peux aussi te mettre la tête en bas, en position de yoga. En tenant le livre à l’envers, évidemment.

Il n’est pas facile de trouver la position idéale pour lire, c’est vrai. Autrefois, on lisait debout devant un lutrin. Se tenir debout, c’était l’habitude. C’est ainsi qu’on se reposait quand on était fatigué d’aller à cheval. Personne n’a jamais eu l’idée de lire à cheval ; et pourtant, lire bien droit sur ses étriers, le livre posé sur la crinière du cheval ou même fixé à ses oreilles par un harnachement spécial, l’idée te paraît plaisante. On devrait être très bien pour lire, les pieds dans des étriers ; avoir les pieds levés est la première condition pour jouir d’une lecture. »

 

Il s'appellait Italo Calvino et rêvait… si par une nuit d'hiver un voyageur... Il est bien sûr cité en épigraphe d'Une histoire de la lecture... Ce fut aussi l'un des premiers livres postés sur ce blog...

 

Et enfin l'atelier Panik, depuis un long moment, se déploie sous la bannière d'une photographie impressionnante dont Manguel nous dit :

 

« Une photographie prise en 1940, pendant les bombardements de Londres durant la Seconde Guerre mondiale, montre les décombres d’une bibliothèque effondrée. À travers le toit arraché on devine au-dehors des immeubles fantomatiques, tandis qu’au centre de la pièce sont entassés poutres et meubles brisés. Mais les rayonnages le long des murs ont résisté, et les livres qui y sont alignés paraissent indemnes. Trois hommes sont debout au milieu des ruines : l’un, comme hésitant quant au choix d’un livre, semble lire les titres au dos des ouvrages ; il porte lunettes ; un autre s’apprête à saisir un volume ; le troisième lit, un livre ouvert entre les mains. Ils ne tournent pas le dos à la guerre, n’ignorent pas la destruction. Ils ne choisissent pas les livres de préférence à la vie qui les entoure. Ils tentent de tenir bon en dépit des difficultés évidentes ; ils revendiquent ensemble le droit de poser des questions ; ils s’efforcent de retrouver – parmi les décombres, dans l’illumination que procure parfois la lecture – une intelligence. » 

 

Une histoire de la lecture est tout à fait à sa place ici.

 

Qu'ajouter ! Un lien peut-être : Une histoire qui remonte à la plus haute Antiquité. et hop, aux plumes !

 

 

 

 



25/10/2015
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