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Hohl - Ascension

 

couverture du livre de Ludwig Hohl, Ascension, éditions Gallimard.

 

Ludwig Hohl, un troglodyte au sommet

 

À l’occasion de l’édition du journal de jeunesse de Ludwig Hohl aux indispensables éditions Attila  voici Ascension, publié la première fois par Gallimard en 1980 et reprise il y a quelques années dans une édition illustrée par… Attila qui a de la suisse dans les idées… Mais qui est Ludwig Hohl ?

« Je connaîs beaucoup beaucoup d’écrivain. Ludwig Hohl et le seul en face de qui j’aie mauvaise conscience, je ne suis pas à sa mesure. » Cet éloge de poids, signé Friedrich Dürrenmatt, s’accompage d’éloges d’autres écrivains, et non des moindres Max Frisch, Adolf Muschg ou Peter Bichsel, pour n’en citer que trois. 

Ludwig Hohl (1904-1980) fut expulsé du collège pour avoir incité à critiquer l’enseignement et à lire Nietzsche. De formation autodidacte, il voyage beaucoup durant sa jeunesse : il vit à Paris, Marseille, Vienne et La Haye, avant de s’installer à Genève. Combinant solitude spirituelle et misère matérielle choisie, il habite et travaille au bord du lac Léman, dans l’ombre d’une cave, n’en sortant que pour faire de l’alpinisme, sa passion. Écrivain rare et exigeant, Hohl n’a publié de son vivant que ce long récit, Ascension, quelques nouvelles, et des milliers de pages de notes à mi-chemin de la poésie et de la philosophie, entre lesquelles il refusait toute séparation. Ouvrage publié par L’Âge d’Homme en 1989, Hohl n’a pas eu de son vivant la place qu’il aurait dû lui revenir. Mais n’incriminons pas trop vite l’édition de langue française : outre-Sarine, l’écho rencontré par l’œuvre n’est sans doute pas non plus à sa mesure, et il fallut attendre 1978 pour que la Suisse alémanique s’avisât de célébrer enfin dignement Hohl, en lui décernant le Prix du Centenaire Walser lors d’une cérémonie solennelle à Zurich.

Cette reconnaissance tardive s’explique donc davantage par la difficulté de lecture d’une œuvre qui remet en cause celui qui s’y livre. Ludwig Hohl n’est pas un écrivain « confortable », c’est ce qui tait sa grandeur mais aussi sa solitude. Reste que l’écrivain lui-même n’a jamais douté du sort futur fait à son œuvre : « Que j’aurai des lecteurs, au sens le plus rigoureux du terme, est hors de toute question. Je n’ignore que ceci : combien, et quand ? »

Une anecdote parmi les milliers qui circulent sur l’auteur. Le jour où il tire un coup de revolver par la fenêtre, Hohl prétend tirer sur Dieu : et au policier qui lui demande s’il croit l’avoir atteint, il répond : « Oui, je crois. Un petit peu. Les pieds. »

 

Mais quel peut être ce roman d’alpinisme pour lequel l’auteur s’y est repris à 6 fois entre 1916 et 1940 ?

Ascension est le récit d’une sortie dans les Alpes. La cordée est composée de deux hommes, alpinistes amateurs de bon niveau, sans pourtant être professionnels. Ils sont équipés, motivés et partent tôt le matin pour aller à la conquête du glacier surplombant le village d’où ils ont admiré « Le grand navire » de rocs formé par les pics convoités. Ils montent par les sentiers mais dès la première nuit dans le premier refuge, les conditions météo changent. Le projet ne va pas être aussi simple qu’espéré initialement. Comme très vite en montagne, les conditions climatiques révèlent un peu plus les caractères. Si Johann décide d’abandonner, Ull, parce que plus chevronné, résistant face à la difficulté que son camarade, persiste à affronter le glacier et le sommet. Mais n’était-ce pas aller contre toute prudence ?

“La montagne était à lui, ou plutôt, il était à elle, qui l’entourait, le cernait, chatoyante sous l’éclat tout puissant du soleil et se figeant au sein des ténèbres.”

De cette course, il ne faut pas oublier un autre personnage tout aussi important, si ce n’est plus : la montagne. Avec ses alpages bucoliques, son glacier éblouissant, ses pics aux reliefs fantastiques, elle est magnifiée par Hohl. La montagne mène la course et le roman dans toute sa beauté minérale, ses verticalités immenses. Je ne sais si l’auteur était alpiniste mais il semble parfaitement connaître le sujet.

Tout cela est porté par une écriture minutieuse, blanche, très sobre, très visuelle. Comme si L.Hohl photographiait une scène, un paysage puis zoomait sur différents plans de plus en plus précis. On entre dans le paysage, le cœur du grimpeur, ses pensées profondes, ses rêves. La frontière entre le réel et l’onirisme est bien fine sous les effets combinés du vent glacial, de la fatigue, des dangers nombreux.

Ascension est une belle parabole sur la volonté, sa force mise en œuvre pour atteindre le but. Que l’on soit alpiniste ou écrivain.

À lire lové dans sous la couette.

 

 

Ludwig Hohl, une très belle rencontre avec Michel Boujut ou quand la télé avait du talent

La corde, les crampons,  pour aller au bout de soi-même.

 

 

 



11/11/2012
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