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Chessex - Un Juif pour l'exemple (Nlle édition.)

couverture du livre de Jacques Chessex, Un Juif pour l'exemple, éditions Grasset

 

 Des salauds ordinaires et un livre qui ne l'est pas...

  

En 200910 mois avant sa mort, paraît Un Juif pour l’exemple, l'antépénultième livre de Chessex, et malgré ce qui est inscrit sur la couverture, ce n'est pas vraiment un roman ? Il fait plutôt penser à la reconstitution minutieuse d’un crime inimaginable, commis par des fanatiques ordinaires, adeptes d’une idéologie luciférienne. Car les personnages portent leurs noms exacts. Les faits sont également exacts. Le romancier a seulement restitué l’atmosphère de l’époque telle qu’il l’a lui-même vécue. Il a seulement décrit les personnages et réécrit leurs dialogues avec cette sobriété incisive, qui est l’aboutissement de son écriture à près de soixante-quinze ans d’âge.

  

La balance entre fiction et réalité penche indéniablement du côté de cette dernière. Et la réalité, c’est celle du Mal, qui surgit où on pourrait l’attendre le moins. Le maître-penseur des criminels nazis de cette histoire sordide n’est-il pas un pasteur, c’est-à-dire un homme de Dieu ? Aussi ce livre apparaît-il comme une manière d’exorciser le passé. Au contraire des Bienveillantes de Littell – dont je n’ai pas réussi pour le moment à dépasser les 300 premières pages – Chessex a choisi de voir les choses du côté de la victime, plutôt que du bourreau. Et le fait est que, le talent de l’écrivain aidant, le choc qui en résulte, comme tout choc véritable, n’a pas besoin de la durée d’un pavé pour vous ébranler profondément.

 

Un extrait :

"En 1939, à la déclaration de guerre, une partie des cinq cents chômeurs de Payerne est mobilisée dans l’armée fédérale. Les deux cents « inaptes au service » traînent leur misère dans les cafés, survivant de combines et de coups de main. La crise des années trente dure et tue. L’économie locale va mal. La Banque de Payerne fait faillite. Plusieurs usines et ateliers mécaniques disparaissent, puis une importante briqueterie, plusieurs moulins, la Distillerie agricole et la Grande Condenserie qui employaient plus de cent cinquante ouvriers et ouvrières. Des gens patibulaires se mettent à rôder par routes et chemins, anneau de cuivre à l’oreille, mouchoir noir au maigre cou. Des mendiants sonnent aux portes. Les cafés sont pleins de râleurs. Mécontentement, pauvreté, viols, ivrognerie, accusations opiniâtres.

La faute ? Les gros. Les nantis. Les Juifs et les francs-maçons. Ils savent assez se sucrer, surtout les Juifs, quand on ferme les usines. Il n’y a qu’à les voir prospérer, les Juifs, avec leurs bagnoles, leurs fourrures, leurs commerces à tentacules, et nous les Suisses, on crève de faim. Et le comble c’est qu’on est chez nous. Les Juifs et les francs-maçons. Pieuvres et suceurs du vrai sang.

À Payerne il y a plusieurs familles juives. L’une d’elles, d’origine alsacienne, les Bladt, possède les Galeries Vaudoises, magasin précurseur des monoprix : articles de Paris, ménage, jouets, mode, vêtements de travail, à la Grand-Rue, en pleine ville, le seul commerce polyvalent loin à la ronde. Plusieurs étages, une vingtaine d’employés. Son succès et l’entregent de Jean Bladt, propriétaire et directeur des Galeries, attisent l’envie, puis la colère des petits commerces payernois. Encore un Juif qui nous nargue. Regardez ce qu’ils ont fait ailleurs." (...)

 

Un long documentaire passionnant sur ce fait divers par Temps présent, la plus anciennes des émissions de reportages à la TV : Le crime de Payerne

 

 

Et toujours Un livre, un jour avec Maître Jacques qui s'est fait une belle tête d'écrivain... 

 

Le livre, enrichi d'annexes, vous attends.

 



26/08/2015
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