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Chessex - Le vampire de Ropraz

 

 Quand l'ermite essaie de comprendre le vampire

 

Aux confins des bois du Jorat, Ropraz, un pays de loup. Avec l'argent du Goncourt 1973, Chessex y achète un terrain dont personne ne veut, car il est mitoyen du cimetière.  

"Quand je suis venu habiter Ropraz, en mai 1978, la tombe de Rosa Gilliéron était encore intacte dans l’allée du cimetière que longe le chemin de ma maison. C’était une dalle de grès sur laquelle se dressait une colonnette en marbre blanc cernée de roses en cuivre noirci, qui portait le nom et les dates de la morte. La petite colonne était tronquée, pour montrer la brièveté d’une vie trop tôt interrompue, désormais tragique, dans la fleur de la pure promesse."

Point de départ d'un récit clinique, d'une densité dans l'écriture où Chessex passe du lyrisme à la brutalité sans que l'on sente de glissement, Le Vampire de Ropraz, c'est la défense des boucs-émissaire. Et c'est un livre qui a permis à l'ermite de Ropraz, comme l'on surnommait Maître Jacques de renouer avec des lecteurs qui l'avaient un peu boudé. À dévorer d'une seul coup d'un seul jusqu'à la chute finale.

 

Chessex devant le Barrot : un livre, un jour encore!

  

Un extrait : 

Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, 1903. C’est un pays de loups et d’abandon au début du XXe siècle, mal desservi par les transports publics à deux heures de Lausanne, perché sur une haute côte au-dessus de la route de Berne bordée d’opaques forêts de sapins. Habitations souvent disséminées dans des déserts cernés d’arbres sombres, villages étroits aux maisons basses. Les idées ne circulent pas, la tradition pèse, l’hygiène moderne est inconnue. Avarice, cruauté, superstition, on n’est pas loin de la frontière de Fribourg où foisonne la sorcellerie. On se pend beaucoup, dans les fermes du Haut-Jorat. À la grange. Aux poutres faîtières. On garde une arme chargée à l’écurie ou à la cave. Sous prétexte de chasse ou de braconne on choie poudre, chevrotine, gros pièges à dents de fer, lames affûtées à la meule à faux. La peur qui rôde. À la nuit on dit les prières de conjuration ou d’exorcisme. On est durement protestants mais on se signe à l’apparition des monstres que dessine le brouillard. Avec la neige, le loup revient. Il n’y a pas si longtemps qu’on a tué le dernier, en 1881, sa dépouille empaillée s’empoussière à douze kilomètres dans une vitrine du musée du Vieux-Moudon. Et l’horrible ours venu du Jura. Il a éventré des génisses il n’y a pas quarante ans dans les gorges de la Mérine. Les vieux s’en souviennent, ils ne rient pas à Ropraz ni à Ussières. Au temps de Voltaire, qui a habité le château d’en bas, au hameau d’Ussières, les brigands attendaient sur la route principale, celle de Berne, des Allemagnes, plus tard les soldats revenus des guerres de la Grande Armée rançonnaient les honnêtes gens. On fait très attention quand on engage un trimardeur pour la moisson ou la pomme de terre. C’est l’étranger, le fouineur, le voleur. Anneau à l’oreille, sournois, le laguiole glissé dans la botte.

Ici on n’a pas de grands commerces, d’usines, de manufactures, on n’a que ce qu’on gagne de la terre, autant dire rien. Ce n’est pas une vie. On est même si pauvres qu’on vend nos vaches pour la viande aux bouchers des grandes villes, on se contente du cochon et on en mange tellement sous toutes ses formes, fumé, écouenné, haché, salé, qu’on finit par lui ressembler, figure rose, hure rougie, loin du monde, par combes noires et forêts.

Dans ces campagnes perdues une jeune fille est une étoile qui aimante les folies. Inceste et rumination, dans l’ombre célibataire, de la part charnelle à jamais convoitée et interdite.

 

L'affaire du vampire, bien plus qu'un fait d'hiver 

 

Le cimetière est là, Chessex aussi

 



26/08/2015
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