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Blondin - L'Ironie du sport

 

DOPAGE DU PEU !

 

Deux cent chroniques sur les quelques sept cent consacrées au sport par Antoine Blondin... En ce premier jour de Tour de France, voici donc L'Ironie du Sport... En attendant , une intégrale Blondin déjà bien avancée... qui sera achevée lorsque les pharmacopathes arriveront sur les Champs-Élysées... Qui a dit que le Tour de France ne comptait pas de contre-la-montre, cette centième année ?

Longtemps, lorsqu’il « n’attela pas les chevaux de la nuit », selon la belle expression d’Alexandre Vialatte, Antoine Blondin, quittant le zinc des cabarets où sa parole est d’or, s’en alla faire un tour. Un Tour de France. Et comme ce bègue volubile mâche l’histoire jusqu’à plus soif (impossible) ou qu’elle radote, il s’obligea, sous casquette de « L’Équipe » – le seul journal où il fut momentanément assidu – à polir le parcours et raboter au gré des semaines et du vent quelque sept cents chroniques, seules étapes de son humeur vagabonde.

Déjà, vers 1980, stoppant son taximètre sur un coup de cafard, il récapitulait ses migrations. « Suiveur patenté, j’ai fait deux fois et demi le tour de la Terre sans quitter mon pays, ou presque, à 37 kilomètres à l’heure dans le sillage des culottes courtes. » C’était omettre, au générique de son errance, plus de vingt autres sports dont sa plume distilla les émois : athlétisme, aviron, basket-ball,bobsleigh, canoë-kayak, équitation, escrime, lutte, football. Car toujours il paya rugby sur l’ongle la dette de sa curiosité sportive.

Plusieurs fois, notamment dans « Ma vie entre des lignes » (à la Table ronde), Blondin avait extrait des coulisses de sa mémoire l’un ou l’autre de ces récits. Aujourd’hui, c’est une sélection riche, astucieusement élaguée, de cette œuvre buissonnière qu’on nous offre.

Du 19 juillet 1954 au 19 septembre 1982, voici les devoirs de vacances de Monsieur Jadis. Cela tient de la dictée à recopier avec délectation et de l’anthologie sur papier quadrillé. Il prend le tour en marche « avec des gaucheries de fils adoptif » et le termine tête haute, pour n’avoir pas l’air d’un coureur, de l’encre et de la boue sur la palette de son tablier.

Antoine Blondin ? C’est l’adolescence de l’art lorsqu’on le joue à la marelle. L’élégance de n’écrire pas un mot de trop, même si les marathoniens le captivent. Ajusteur du vocabulaire, il survole les terrains vagues de nos stades, nos routes et nos déroutes. C’est Prévert coiffé de la casquette de Georges Briquet (dont les commentaires fleurirent l’ex-TSF) ; Jacques Tati bousculant, en un ultime sprint, les Frères Jacques et le Facteur Cheval. Il a l’échappée belle. Son livre est une fête. Un herbier de l’épreuve et de la compétition composé dans les flonflons d’une kermesse héroïque. Un jeu de mots amorce les rubriques : « La victoire à Ventoux », « Cépage est sans pitié », « Cent mètres plein la vue », « Qu’importe le flocon », « Les premiers de la glace »…

Mais sous l’écume du verbe, ce nonchalant (qui passe) grave la légende d’un cycle, et des athlètes qu’il épie, établit, avec rigueur, le curriculum vitesse. Dès lors, piqués au vif de l’effort, acteurs et figurants du spectacle sportif défilent sur son manège. Charly Gaul, « l’œil vacant, la casquette sur la nuque comme un gavroche distingué », précède Jacques Anquetil « dressé sur ses ergots » dans les écharpes du Tourmalet. Et Robic négocie les virages une dernière fois « avec ce petit mouvement du genou en éventail qui s’apprend à l’école de la chute ». L’enfer du Nord, dans l’encrier d’Antoine Blondin, trouve sa définition : « pavés au sol, fumées au ciel, sinueux comme un boyau de tranchée ». Qu’on ne s’y trompe pas. Dans le crissement des pneus et la rumeur soyeuse des pelotons se forge également une réflexion sur la destinée des champions qui est de mourir deux fois : la première se situant aux environs de la trentième année « quand il assiste à cette agonie en lui du superman qu’il a été »…

Blondin retrouve alors cette humeur égratignée qui le conduit à l’orée de la mélancolie. Il songe à Brambilla que ses fidèles débusquèrent un soir enterrant son vélo au bout de son jardin, indigne qu’il se jugeait désormais de courir. Il imagine, à la mort de Hemingway, comment l’auteur de « l’Adieu aux armes », ce « chaudronnier battant le cuivre », eût vécu l’étape (et c’est peut-être là le billet le plus émouvant de ce recueil). Il s’enfouit enfin dans l’une de ces multiples « escales » où ne l’attend plus que « la chambre vide d’un hôtel avec sa vaste corbeille à papier et son cendrier refroidi… »

Mais Antoine Blondin ouvre aussi vite la fenêtre. Happé de nouveau par cette caravane « qui décoiffe les filles, pétrifie les gendarmes », il zieute la course entre les parenthèses d’un essuie-glace, narre une épopée à la manière d’Alexandre Dumas ou traite du dopage à la façon de Mme de Sévigné rapportant à Mme de Grignan cette nouvelle affaire des poisons : « Ma toute bonne, le Tour de France entier s’est transformé en entreprise de sorcellerie… Il n’était point d’équipe où l’on ne se livrât à de mystérieuses messes noires pour fabriquer le fabuleux dopigne dont l’effet sur le phréno-phrénétique, ce nerf qui relie la poignée de frein à la visière du coureur, est foudroyant… »

Écrivain parcimonieux et généreux, Blondin s’en donne et nous en donne à cœur joie. Son seul regret demeurant en sourdine, ici et ailleurs, de ne s’être jamais vu passer.

 

Blondin ironise sportivement chez Ardisson

Une cure de blondinisme à se tordre les boyaux

 



29/06/2013
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